Les traits distinctifs de l’Eglise primitive authentique

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Aux lecteurs

Chers amis,

Les Catholiques sont tenus de croire qu’il existe une continuité historique entre l’Eglise telle que le Christ l’a fondée, et l’Eglise catholique.  C’est ce que déclare le Document Dominus Iesus, publié en 2000. La plupart des Catholiques partent donc du principe que cette continuité est un fait historique.  De nombreux chrétiens bibliques n’ont jamais analysé cette question: aussi est-il capital d’étudier l’histoire de l’Eglise primitive authentique.  C’est ce que nous avons fait dans l’article ci-dessous.  Veuillez faire connaître cet article à d’autres, et si possible, affichez-le sur votre site Internet.

Nous nous réjouissons de cette foi “transmise aux saints une fois pour toutes”,

Richard Bennett

Dans l’Eglise primitive, on appelait “doctrine apostolique” la Parole écrite par les Apôtres et contenue dans les Saintes Ecritures.  Dès le début de la période post-apostolique, les “Pères Apostoliques”, c’est-à-dire Ignace d’Antioche, Polycarpe, Clément, la Didaché, et Barnabas fondèrent leurs affirmations doctrinales et leurs réfutations des hérésies exclusivement sur les Ecritures.  Les écrits des pères Apostoliques sont littéralement remplis du souffle qui anime l’Ancien et le Nouveau Testament.  Il en est de même pour les écrits d’apologètes comme Justin Martyr et Athénagoras.  Aucun  de ces écrits ne reconnaît l’autorité de quelque tradition verbale ou extrabiblique en tant que véhicule d’une révélation distincte, indépendante. C’est chez Irénée et Tertullien, pendant la seconde moitié du deuxième siècle, qu’on rencontre pour la première fois la notion d’une tradition apostolique qui se transmet oralement dans l’Eglise.  Le terme “tradition” signifie simplement “enseignement”. Irénée et Tertullien insistent sur le fait que tous les enseignements oraux donnés par les évêques étaient fondés sur les Ecritures; ces dernières étaient la pierre de touche de leur véracité.  L’un et l’autre exposent la doctrine véritable de la tradition apostolique, telle qu’on la prêchait oralement dans les églises.  Cette doctrine était entièrement tirée des Ecritures.  Pour eux il ne pouvait y avoir aucune “tradition apostolique” en dehors du contenu des Ecritures.  Autrement dit, ce qu’Irénée et Tertullien appellent “tradition apostolique”, c’est tout simplement ce qu’enseigne la Bible.  Irénée rapporte que s’il est vrai qu’au départ les Apôtres donnaient un enseignement oral, plus tard leur enseignement fut enregistré par écrit, et dès lors, ces Ecritures étaient devenues la colonne et le fondement de la foi de l’Eglise (1).

Dès le début, les chrétiens disposaient d’une bonne partie du Nouveau Testament.  Ils connaissaient les quatre Evangiles, que l’on lisait dans les églises.  Même du vivant de Paul et de Pierre, les lettres de ces derniers circulaient et servaient à enseigner les fidèles. Ces livres du Nouveau Testament ne font pas autorité parce qu’une église, ou un groupe d’églises les aurait formellement acceptés.  Au contraire: à cause du Saint-Esprit qui habitait en eux et qui témoignait à leur esprit, les chrétiens reconnaissaient que ces livres étaient inspirés; ils y reconnaissaient la Parole de Dieu Lui-même.  La vie du Christ Jésus, suprême et parfaite révélation de Dieu, culmine dans le canon du Nouveau Testament. Ce livre communique l’ultime Parole prophétique de grâce et de vérité, accordée en Lui.  Les premiers chrétiens considéraient les paroles écrites du Nouveau Testament comme la Parole du Christ Jésus Lui-même: une Parole immuable, définitive, parfaite, faisant autorité.

Au cours des trois premiers siècles après Jésus-Christ, absolument partout dans le monde, le peuple de Dieu acceptait ce qu’aujourd’hui nous appelons le Nouveau Testament.  Il l’accueillait, “non comme la parole des hommes, mais comme ce qu’elle est vraiment: la parole de Dieu” (1 Thessaloniciens 2:13).  Tel ou tel livre pouvait faire l’objet de controverses, mais cela n’infirmait pas leur assurance d’avoir la Parole Ecrite parfaite de Dieu “transmise aux saints une fois pour toutes” (Jude 3): au contraire, cela la confirmait.  Le contenu du canon du Nouveau Testament était universellement connu du peuple de Dieu bien avant que le Concile régional d’Hippone ne le reconnût officiellement en l’an 393, et avant le Concile provincial de Carthage en 397.

Une expansion remarquable malgré de terribles persécutions

Au cours des trois premiers siècles, la foi chrétienne se propagea largement et rapidement. Conformément à la volonté de la Providence divine, cette extension est due à la fidélité et au zèle des prédicateurs de l’Evangile, à la mort héroïque des martyrs, et à la traduction des Ecritures dans les langues connues du monde romain.  L’empereur Septime Sévère (193-211) fit atrocement souffrir les chrétiens, mais les pires persécutions survinrent sous le règne de Dioclétien et du tétrarque Galère entre 303 et 311.  L’historien Philip Schaff relate que “tout exemplaire de la Bible devait être brûlé; tout chrétien était dépouillé de ses droits civiques et empêché d’exercer une charge publique; et enfin tous, sans exception, étaient tenus d’offrir un sacrifice aux dieux sous peine d’être mis à mort.” (2).  Loin d’extirper la foi chrétienne et l’Evangile, cette persécution servit à purifier les prédicateurs et à leur ouvrir des portes pour répandre le message de l’Evangile.

L’Eglise primitive en Italie du nord et en France méridionale

Les Vaudois quittèrent Rome et ses alentours pour se réfugier dans les Alpes Cottiennes lors des persécutions subies par la première Eglise (3).  C’étaient des chrétiens bibliques, pour qui les Ecritures représentaient la seule autorité, comme en témoignent leur foi et leur pratique siècle après siècle, à partir du moment où ils se retirèrent dans les vallées des Alpes Cottiennes.

Tout au long des siècles, la vie des Vaudois – et aussi celle d’autres chrétiens – montre qu’ils s’étaient engagés à régler leur existence sur la Bible.  Au début du dixième siècle, il en était de même pour les Pauliciens, qui plus tard furent appelés Albigeois.  Ils avaient toujours possédé les Ecritures authentiques et ils y adhéraient; sous leur influence, beaucoup se convertissaient à la véritable foi biblique.

Pour l’essentiel, malheureusement, les informations que nous possédons sur les Pauliciens proviennent de leurs ennemis.  Tout ce peuple avait pris le nom de “Pauliciens” car il suivait l’Apôtre Paul.  C’est au pays des Albigeois, dans les provinces françaises du sud, que les Pauliciens étaient le mieux implantés.  La foi paulicienne se perpétua dans le Languedoc et aussi sur les rives du Rhône, prenant l’appellation de “foi chrétienne cathare”.  Elle s’est peut-être perpétuée aussi au milieu des Vaudois.  Ces Pauliciens furent persécutés par les papes.  Tous leurs documents écrits et les autres preuves les concernant furent détruits dans toute la mesure du possible.  “Les assemblées pauliciennes et albigeoises connues furent exterminées par le feu et au fil de l’épée; un reste meurtri parvint à s’enfuir ou à se cacher, ou bien revint au catholicisme. Au sein de l’état, de l’église, et même dans les monastères, il existait une lignée secrète de disciples de St. Paul: ils protestaient contre la tyrannie de Rome, ils adhéraient à la Bible, dont ils faisaient la norme de leur foi, et ils ôtaient de leur credo tout ce qui sentait, de près ou de loin, la théologie gnostique” (4).

Les Pauliciens ont été accusés de manichéisme, ce qui suscita bien des préjugés à leur égard.  Mais à l’heure actuelle il est clairement établi qu’ils n’étaient pas manichéens (5).  Si l’on examine les doctrines et les pratiques des Pauliciens, on constate qu’ils se servaient constamment de l’Ancien et du Nouveau Testament.  Ils n’avaient ni ordres religieux ni clergé, et ne tranchaient pas sur les laïcs par leur mode de vie, par leurs vêtements, ou par quelque autre moyen.  Ils n’avaient ni conciles ni institutions semblables.  Leurs enseignants étaient tous de même rang. Ils s’efforçaient constamment de vivre dans la simplicité, comme aux temps apostoliques.  Ils s’opposaient au culte des images qui se pratiquait alors dans l’Eglise catholique romaine.  Pour eux, les prétendues “reliques miraculeuses” n’étaient que des tas d’ossements et de cendres, privés de toute vie et de toute vertu.  Leur doctrine de la Trinité était orthodoxe, ainsi que leur enseignement sur la nature humaine et sur les souffrances corporellement endurées par le Fils de Dieu (6).

Les Vaudois

Comme nous l’avons vu plus haut, les Vaudois remontent à l’époque apostolique. On les appelle parfois “disciples de Valdo”. Ce dernier, Pierre Valdo (ou Valdès) de Lyon, est l’un de leurs conducteurs les mieux connus.  Les Vaudois eux-mêmes affirmaient que leur mouvement était des plus anciens et qu’il datait des temps apostoliques.  D’après David d’Augsbourg, “ils se disaient “successeurs des Apôtres, et détenteurs de l’autorité apostolique, et des clés permettant de lier et de délier” (7).  Théodore de Bèze, un des Réformateurs du seizième siècle, se fait le porte-parole de ses contemporains en affirmant: “Quant aux Vaudois, je peux dire qu’ils sont de la semence même de l’Eglise primitive dans sa pureté.  En effet, cela a été abondamment manifesté par la miraculeuse Providence divine qui les a soutenus, si bien que ni les tempêtes incessantes qui ont ébranlé toute la chrétienté pendant tant de siècles, alors que les croyants de l’occident ont été horriblement opprimés par le prétendu Evêque de Rome, ni ces terribles persécutions qui se sont abattues sur eux n’ont pu les vaincre, les obliger à s’incliner, ou à se soumettre de leur plein gré à la tyrannie et à l’idolâtrie romaines “ (8).

Le tout premier trait caractéristique des Vaudois concerne la conduite de la vie quotidienne, et peut se résumer dans ces paroles de l’Apôtre: “Il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes.”  Leur deuxième trait distinctif est leur reconnaissance de l’autorité des Ecritures, qui étaient en usage parmi tout le peuple.  Sur ce point encore, les Vaudois étaient les prédécesseurs de la Réforme.  Pour eux, la Bible était un livre vivant.  Certains d’entre eux avaient mémorisé la Bible tout entière.

Leur troisième principe était l’accent mis sur la prédication, avec le droit, pour les hommes chrétiens, d’exercer la fonction de prédicateurs.  De plus, se fondant sur le Sermon sur la montagne, les Vaudois rejetaient la prestation de serments, condamnaient la doctrine du purgatoire ainsi que les prières pour les morts.  A la mort, disaient-ils, il n’y a que deux issues possibles: le chemin du ciel ou celui de l’enfer (9).

Siècle après siècle, le mouvement vaudois toucha de nombreuses personnes, attirant des convertis d’origines diverses.  Beaucoup de Catholiques romains se laissèrent attirer par ce mouvement.  Certains d’entre eux introduisirent certainement des erreurs.

Les premières églises en Asie

L’histoire de la propagation du christianisme en “Asie asiatique” est passionnante.  Moffett écrit à ce propos: “Avant la fin du premier siècle, la foi chrétienne franchit les frontières de l’Empire romain et atteignit “l’Asie asiatique”.  Elle prit racine jusqu’en Inde, mais également tout près: à Edesse par exemple… sur l’autre rive de l’Euphrate.  A partir d’Edesse, la foi se répandit dans un autre petit royaume à cinq cents kilomètres de là, au-delà du Tigre… près de l’antique Ninive.  A la fin du deuxième siècle, grâce aux efforts missionnaires, l’église était établie en Asie centrale, et en Bactriane, devenue aujourd’hui l’Afghanistan du nord.  On signale qu’en Asie centrale les Huns et les Turcs se convertirent en masse à partir du cinquième siècle.  A la fin du septième siècle, des missionnaires persans avaient atteint “les extrémités de la terre”, c’est-à-dire la capitale de la dynastie T’ang en Chine (10).

Les débuts de l’Eglise en Irlande et en Europe

Patrick, qui avec ses compagnons prêcha l’Evangile en Irlande eut une tâche des plus rudes.  Il se heurtait à l’antique religion païenne des Druides.  Le peuple se confiait dans ces prêtres païens ainsi dénommés: ils jouaient un rôle de médiateurs spirituels.  Patrick a relaté ses voyages dangereux, ses luttes, ses déceptions.  Il combattait les puissances des ténèbres qui se cachaient derrière le sacerdoce druidique.  Il comptait sur le Christ Jésus et sur son glorieux Saint-Esprit pour convaincre de péché, de justice, et de jugement ceux qu’il évangélisait.  Il comprenait que la grâce était tout entière don de Dieu.  Pendant soixante ans, Patrick parcourut l’Irlande en long et en large, annonçant l’Evangile, et comme ses prédécesseurs Tite et Timothée, il établissait des anciens et implantait des églises.  On rapporte qu’à la fin de sa vie, l’île en comptait 365.  Comme dans les églises des temps bibliques, les membres étaient servis par un pasteur, appelé aussi “ancien”.  Le pasteur avait autorité pour servir, et non pour dominer sur les églises, qui étaient conformes au modèle biblique.  De même, les “monastères” fondé par Patrick ne ressemblaient pas à ceux de l’église catholique romaine.  Ils ressemblaient au contraire à ceux des Vaudois et des autres églises chrétiennes primitives en Italie du Nord et en France méridionale: des hommes venaient s’y mettre à part pendant quelques années pour recevoir une formation biblique, pour apprendre à évangéliser, à communiquer le message du salut.  Par la suite ces hommes se mariaient et fondaient une famille.  Ils ne se retiraient pas du monde afin de rechercher une sainteté intérieure: c’étaient des hommes qui avaient reçu la vie et la lumière dans le Christ Jésus, et qui voulaient répandre l’Evangile véritable.  A cause de ces “monastères” et de ces églises que Patrick fonda en Irlande, cette dernière fut appelée “l’île des saints et des lettrés”.

Le clair message de l’Evangile que chérissaient Patrick et ses collaborateurs produisit six siècles de fécondité.  De nombreux missionnaires prêchèrent le même message: par exemple Colomba et ses compagnons, qui partirent pour l’Ecosse en 563.  Plus tard Colomban et ses compagnons allèrent évangéliser la France et l’Allemagne à partir de 612.  Kilian et les frères qui l’accompagnaient partirent évangéliser la Franconie et Würzburg en 680.  Forannan et douze de ses frères se mirent en route en 970 pour apporter l’Evangile en Belgique (11).  D’autres  missionnaires se rendirent en Grande-Bretagne, en Allemagne, en France, en Suisse, en Italie et au-delà, pour y apporter un Evangile tout aussi pur que celui de Patrick.

L’Eglise primitive à Rome

L’Eglise papale, cette puissance ecclésiastique et politique qui a son quartier général à Rome, possède des richesses fabuleuses et des résidences splendides. Quel contraste saisissant avec les débuts de l’Eglise chrétienne dans cette ville de Rome, où quelques pasteurs servaient de petites assemblées!  C’est le jour et la nuit.  Ces premières églises se réunissaient dans des maisons.  Sous la conduite de leurs pasteurs, elles se soumettaient à l’autorité de la Parole, connue grâce aux récits de la vie du Seigneur par les Evangélistes, aux écrits des Apôtres, et à l’Ancien Testament. Ces pasteurs et ces églises étaient animés d’une foi vivante et authentique en la grâce divine communiquée par l’Evangile. La lettre de Paul aux Romains montre l’attachement fidèle de ces premières assemblées romaines au trésor de l’Evangile. Au début de sa lettre, l’Apôtre fait l’éloge de la foi des chrétiens de Rome: “Je rends d’abord grâces à mon Dieu par Jésus-Christ, au sujet de vous tous, parce que votre foi est renommée dans le monde entier. Dieu, que je sers en mon esprit, en annonçant l’Evangile de son Fils, m’est témoin…” (Romains 1:8-9).  L’Apôtre Paul ne prodigue pas souvent des éloges de ce genre.  La foi des assemblées romaines, fidèlement mise en pratique, demeura exemplaire pendant environ deux cent cinquante ans, résistant à l’adversité et à des persécutions extrêmes, en particulier sous le règne de Néron en l’an 64 de notre ère.  Pour ces premiers chrétiens de Rome, l’idée même d’un “très saint Pontife romain” aurait été inconcevable.  Jamais il ne leur serait venu à la pensée que des rituels pouvaient communiquer la grâce du Saint-Esprit, ou que Marie, la mère du Seigneur, pouvait être invoquée et appelée “la Toute Sainte” (12).  Cette communauté de croyants aurait repoussé avec horreur toute idée d’un lourd appareil hiérarchique, avec par ordre ascendant, les laïcs, les prêtres, les évêques, les cardinaux, et au sommet de la pyramide, le pape.  Ils auraient affirmé que ce système émanait du monde et non du Christ, qui a dit: “Un seul est votre maître, le Christ, et vous êtes tous frères” (Matthieu 23:8).

La persécution des chrétiens prit fin en 313, lorsque les empereurs Constantin en occident, et Licinius en orient promulguèrent l’Edit de Milan, accordant la liberté religieuse aux païens comme aux chrétiens.  Sous Constantin, le gouvernement de l’Empire romain était confié à quatre vice préfets, et le monde chrétien était dirigé par quatre sièges d’autorité: Antioche, Alexandrie, Jérusalem et Rome.  Chacune de ces villes avait à sa tête un patriarche ayant autorité sur tous les anciens de son territoire.  (Par la suite, ces territoires furent appelés diocèses.) Constantin tenait à aligner la structure des églises chrétiennes sur celle de l’Empire romain.

 

Généralement les anciens de l’église chrétienne étaient d’autant plus considérés que leur ville jouissait d’un statut plus élevé. Rome étant la ville la plus puissante et la plus prestigieuse du monde en ce temps-là, il semblait normal (quand on s’écartait de la pensée biblique) que l’évêque le plus influent fût celui de Rome.  Peu à peu on rendit aux évêques de Rome de plus en plus d’hommages et d’honneurs, et ils en vinrent à rechercher l’adulation des autres évêques.  Le déclin de l’Eglise était tel qu’après le troisième et le quatrième siècle, les évêques de Rome exigèrent qu’on reconnût leur primauté.  Selon eux, elle leur revenait de droit.

La montée progressive de la Rome papale

Au quatrième et au cinquième siècle, l’Evangile véritable fut de plus en plus dilué et remplacé par des rituels et des cérémonies.  Le formalisme et l’idolâtrie s’installèrent à la place de l’adoration authentique et de la conviction intérieure donnée par le Saint-Esprit. On introduisit des pratiques païennes tout en leur conservant un vernis chrétien (3). Dès le commencement, le pur Evangile avait engendré parmi les chrétiens une authentique unité de coeur, mais plus le véritable message évangélique perdait du terrain au profit du ritualisme, plus il devenait indispensable d’insister sur une unité ecclésiale formelle, tout extérieure.  Dans l’Eglise on s’habitua à distinguer entre clercs et laïcs.  On ne s’en tint pas là: on institua aussi une hiérarchie parmi les clercs, les dirigeants. Vers la fin du cinquième siècle, une prêtrise de “sacrificateurs” osant jouer le rôle de médiateurs entre Dieu et l’homme vint remplacer les premiers ministres de l’Evangile qui avaient dispensé des enseignements fidèles à l’Ecriture.  Désormais l’Eglise n’était plus la communauté des croyants soumis au Seigneur Jésus-Christ, unis par l’Evangile, par le culte véritable, et remplis du Saint-Esprit: elle était devenue une institution dominée par une hiérarchie d’évêques et de presbytres (13).

En même temps, entre le début et le milieu du cinquième siècle, Alaric le Goth vint mettre le siège devant Rome. Il prit la ville en 410 mais ne put la soumettre à son autorité. Par la suite Léon, évêque de Rome, réussit à convaincre Attila le Hun de renoncer à marcher sur la ville et de quitter l’Italie.  Enfin Genséric, chef des Vandales, s’empara de Rome mais Léon le persuada d’épargner la vie des Romains (14).  La renommée de Léon en tant que protecteur de la ville ne cessa de croître.

Plus personne n’occupait alors le trône impérial romain.  La place restait vide, car les empereurs avaient quitté la ville et aucun des chefs barbares n’avait tenté de s’approprier le trône. L’évêque de Rome, Léon, saisit cette occasion qui se présentait.

“Léon estima que l’heure était venue de mettre en pratique la théologie augustinienne sur le millénium temporel du Christ. Se déclarant investi du pouvoir de lier et de délier publiquement, il revendiqua le droit d’occuper le trône vacant et d’en faire un siège digne du règne universel de Christ. Ainsi l’Eglise de Rome s’empara de l’Empire occidental, pour en devenir “le prolongement véritable”. L’empire romain ne disparut donc pas: il changea simplement de forme.  Le pape devint le successeur de César: ce fut là un énorme pas en avant”  (15).

L’évêque de Rome devient le Pape

Quand le siège de l’empire romain fut transféré à Constantinople en 330, le pouvoir de l’évêque de Rome s’en trouva grandement accru. Depuis quelque temps, Antioche, Alexandrie, Jérusalem et Rome avaient lutté entre elles pour obtenir la suprématie.  Désormais cette lutte opposait surtout le diocèse de Rome à celui de Constantinople, la “nouvelle prétendante”.

Les invasions barbares dans l’empire romain d’occident contribuèrent largement à la mise en place des structures de la Rome papale. Dix royaumes barbares devinrent une menace sérieuse: les Alamans, les Francs, les Wisigoths, les Burgondes, les Suèves, les Anglo-Saxons, les Lombards, les Hérules, les Vandales et les Ostrogoths (16).  L’Empereur de Rome était installé à Constantinople, mais ses armées battirent et détruisirent les Vandales et les Hérules tout en poursuivant la lutte contre les Ostrogoths qui continuaient à assiéger Rome.

Clovis, roi des Francs, fut le premier prince barbare à accepter la foi que lui proposait Rome.  Pour accomplir un vœu qu’il avait fait sur le champ de bataille lors de sa victoire sur les Alamans, Clovis se fit baptiser dans la cathédrale de Reims en 496.  L’évêque de Rome le gratifia du titre de “fils aîné de l’Eglise”.  Au sixième siècle, les Burgondes de la Gaule du sud, les Wisigoths d’Espagne, et les Suèves du Portugal se rallièrent tous à la religion de l’évêque de Rome.  Sans se faire prier, ces rois barbares et leurs sujets acceptèrent cette religion d’où l’Evangile véritable avait été évacué; en effet par son fond et sa forme, elle ne différait pas radicalement de leur culte païen originel.  Toutes ces conversions augmentèrent le pouvoir de l’évêque de Rome.  Les nations barbares acceptèrent d’autant plus facilement la religion romaine que cette ville avait traditionnellement été le siège du pouvoir des Césars, les maîtres du monde.  A présent, les évêques de Rome se conduisaient en héritiers légitimes des Césars.  La ville qui avait été le siège du pouvoir impérial devint celui de l’autorité épiscopale.  Des nations de plus en plus nombreuses acceptèrent la primauté de l’évêque de Rome.

L’empereur Justinien 1er (527-565) fit plus que tous ses prédécesseurs pour assurer la suprématie de l’évêque de Rome.  Il le fit de manière officielle et légale, en soumettant les édits et les règlements ecclésiastiques au contrôle des lois civiles.

Le décret de Justinien ne créa pas la fonction papale, mais posa les bases légales permettant aux évêques de Rome d’étendre leurs pouvoirs.  Pour compenser la disparition du pouvoir impérial, on allait donc imposer, au besoin par la force, l’unité ecclésiastique.  Ce n’était ni la première ni la dernière fois que la religion servait à asseoir le pouvoir politique.  Ce rôle incombait désormais à l’évêque de Rome, qui venait d’être proclamé chef de toute l’église impériale.  On pouvait désormais appeler “pape” le titulaire du siège épiscopal de Rome.  Grâce à un décret de Justinien, il pouvait imposer à la pointe de l’épée des contraintes sur le plan civil.  Jadis l’unité de l’Eglise était le fruit de convictions morales suscitées par l’Evangile et par l’autorité de la seule Ecriture Sainte: des individus sauvés devenaient sel et lumière au sein de la société civile.  A présent les idées et les méthodes extrabibliques pratiquées si volontiers par les évêques de Rome ne pouvaient guère engendrer que la corruption si typique de ce monde.  Faut-il s’étonner de ce que bientôt l’évêque de Rome voulût régner comme un roi, avec toute la pompe et toute la puissance caractérisant ce monde?  Voilà précisément l’attitude contre laquelle le Seigneur nous avait mis en garde. “Jésus leur dit: les rois des nations les dominent… Il n’en est pas de même pour vous” (Luc 22:25-26).  On trouvera une étude sur l’usage fait par le Vatican du pouvoir religieux et civil dans nos articles : “La Papauté, son histoire et sa nature” disponibles sur l’Internet (17).

Etude sommaire des fondements de l’Eglise primitive

Le monde vacillait sur ses bases quand l’Evangile de Jésus-Christ fut prêché pour la première fois.  Les religions nationales avaient été impuissantes à changer le cœur et la vie des hommes: ceux-ci étaient privés de la vie de l’esprit.  Les mythes et les superstitions abondaient, mais restaient stériles.  Le vaste Empire Romain instaura l’universalité, et une mesure d’unité politique, mais n’engendrait ni lumière ni vie.  Alors le Christ Jésus vint parmi les hommes pour sauver ce qui était perdu et pour apporter la vie éternelle: voilà l’événement le plus important dans toute l’histoire du monde. L’Ancien Testament avait prédit Sa venue, et le Nouveau Testament la proclame.

En commençant par Jérusalem, les disciples du Seigneur proclamèrent que Jésus était l’auteur de la vie éternelle.  Du sein d’un peuple que méprisaient toutes les nations jaillit la Miséricorde qui invitait et embrassait tout homme: les Grecs, les Romains, les hommes et les femmes dans tout le monde connu à cette époque mirent leur foi dans le Seigneur Jésus-Christ et trouvèrent en Lui la vie nouvelle, à la gloire de Son Nom.

Des peuples en Afrique, en Egypte, en Gaule, en Allemagne, en Irlande, en Grande-Bretagne et en Inde s’ouvrirent à l’Evangile par la conviction du Saint-Esprit, par le moyen de la Parole de Dieu.  L’Evangile proclamait que le salut est donné par grâce, en Lui, le seul et unique Seigneur. “Dieu nous a donné la vie éternelle” (1 Jean 5:11).

L’Eglise à sa fondation était une communauté de frères et de sœurs; pour la guider, le Seigneur se servait de quelques frères.  Les Evangiles du Seigneur Jésus-Christ et les lettres écrites par les Apôtres réglaient les grandes questions doctrinales.  Il n’y avait rien d’arrogant ni de dominateur dans les propos des Apôtres à l’adresse des églises.  Ils manifestent seulement l’unité, dans les nombreuses expressions qu’ils utilisent, comme par exemple dans les Actes de Apôtres: “Vos frères, les apôtres et les anciens, aux frères… salut!” (Actes 15:23).  Nous nous réjouissons devant le Seigneur car l’Eglise authentique avait le véritable Evangile de la grâce de Dieu.  Un peu partout en Europe et même en Asie, des églises ont été fondées. La foi conforme aux Ecritures: voilà le moyen par lequel le chrétien entre dans le salut acquis à grand prix par la fidélité de Jésus et par Sa mort.  Nous nous réjouissons donc de la toute-puissance de Dieu, et de ce qu’il y a une bonne nouvelle pour tous ceux qui sont “morts dans leurs péchés et dans leurs transgressions”.  A la lumière de Sa Parole nous connaissons que “l’Evangile de Christ… est la puissance de Dieu pour le salut de tous ceux qui croient…” (Romains 1:16).  Par nature, nous sommes tous des enfants de colère, et par nos actes nous nous sommes rebellés contre le Seigneur Dieu et contre Sa Parole.  La loi de Dieu, qui est juste et parfaite, nous a tous condamnés; et le Seigneur Dieu n’était nullement tenu de nous sauver de Sa juste colère.  Mais malgré notre nature pécheresse et notre péché personnel, le Seigneur Dieu a donné Son Fils bien-aimé pour tous ceux qui croient véritablement en Lui.  Dieu est Sainteté absolue.  Dans tous les attributs qui Le caractérisent, la Sainteté reste le caractère distinctif essentiel.  C’est pourquoi il nous faut être réconciliés devant le Dieu unique, le Dieu Très Saint, selon les conditions qu’Il fixe Lui-même.  Tournez-vous vers Dieu par la foi seule, pour recevoir de Lui le salut que Lui seul donne, par la conviction du Saint-Esprit, fondée sur la mort et la résurrection de Christ; et mettez votre foi en Lui seul, “pour célébrer la gloire de sa grâce” (Ephésiens 1:6).  Saisir l’Evangile, c’est proclamer avec un cœur plein de gratitude et d’amour: “Non pas à nous, Eternel, non pas à nous, mais à ton nom donne gloire, à cause de ta bienveillance, à cause de ta vérité!” (Psaume 115:1).


Notes:

  1. William Webster, “Sola Scriptura and the Early Church”. Voir à l’adresse https://bereanbeacon.org/articles_pdf/sola_scriptura_early_church.pdf
  2. Philippe Schaff, History of the Christian Church, Vol. 1, 2e période, p. 34.
  3. George Stanley Faber, The History of the Ancient Vallenses and Albigenses, (Fleet Street, Londres: Seeley & Burniside, 1838). Réimpression par les soins de “Church History Research and Archives” (CHRAA) P.O. Box 38, Dayton, OH 1990.
  4. Gibbon, Decline and fall of the Roman Empire, V, p. 398. Voir également à l’adresse: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k364709
  5. Les historiens arméniens d’aujourd’hui rectifient sans hesitation cette erreur (Ter  Mkittsehain, Die Paulikianer im Byzantinischen in Armenien, Leipzig, 1893).
  6. A History of the Baptists, Vol. 1, ch. 4, John T. Christian A.M., D.D., Ll.D.
  7. Preger, Der Tractat des David von Augsburg über die Waldensier, Munich, 1876
  8. Moreland, History of the Evangelical Churches, 7.
  9. Schaff, History of the Christian Church, V, Pt. 1. 502-504
  10. Moffett, xiv-xv. East of the Euphrates: Early Christianity in Asia, T. V. Philip, Ch. 2.
  11. Pour une liste plus complete, voir Philip Schaff, History of the Christian Church, Vol.4, Ch. 2, “Conversion of Northern and Western Barbarians”, Sect. 15, “The Irish Church after St. Patrick. The Missionary Period”.
  12. Catéchisme de l’Eglise Catholique, Editions Centurion / Cerf / Fleurus-Mame / Librairie Editrice Vaticane, Paris, 1998, paragraphe 2677: “En demandant à Marie de prier pour nous, nous nous reconnaissons pauvres pécheurs, et nous nous adressons à la ‘Mère de la miséricorde’, à la Toute Sainte.”
  13. A. Wylie, The History of Protestantism, 1ère publication en 1878 (Kilkeel, Irlande du Nord: Mourne Missionary Trust, 1985) Vol. 1, Livre 1, pp. 3-34. Voir aussi d’Aubigné, Livre 1, pp. 1-34.
  14. LeRoy Edwin Froom, The Prophetic Faith of our Fathers: The Historical Development of Prophetic Interpretation (Washington, DC: Review & Herald Publishing Assn., 1950) Vol. 1, p. 498.
  15. Les sept premiers peuples de cette liste se nomment à présent: les Allemands, les Français, les Espagnols, les Suisses, les Portugais, les Anglais et les Italiens.
  16. Voir sur le site Internet de l’Association “Berean Beacon” les deux articles suivants: https://bereanbeacon.org/languages/french/articles/La_Papaute_son_histoire_1ere_partie1.pdf et https://bereanbeacon.org/languages/french/articles/La_Papaute_son_histoire_1ere_partie2.pdf

Richard Bennett, Association “Berean Beacon”, https://bereanbeacon.org

La reproduction de cet article est autorisée, y compris sur l’Internet, à condition qu’elle soit intégrale, et qu’aucune modification ne soit effectuée. Voir également les autres articles en français de Richard Bennett, à l’adresse: https://bereanbeacon.org/fr


 

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