“Le christianisme réimaginé” par Alan Jones: destination Rome

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Chers amis,

Nos trois dernières lettres de nouvelles constituaient un examen critique de deux  chefs de file du mouvement “Eglise émergente”: Brian McLaren et Tony Jones.  Alan Jones, un autre leader, fait entrer le mouvement plus avant dans la bergerie catholique romaine.  Il a l’oreille d’un vaste public.  Cet article est le premier d’une série de deux études sur ses méthodes et sur les buts de son œcuménisme.  L’influence de l’Eglise émergente se faisant sentir en France aujourd’hui, il est indispensable de savoir qui est Alan Jones.  Il ne faut pas oublier non plus que ses enseignements conduisent à l’acceptation de l’Islam, lequel occupe déjà une place prépondérante.  Je vous prie d’étudier cet article et de le faire connaître autour de vous.

Bien à vous, dans la grâce de notre précieux Sauveur,

Richard Bennett

Alan Jones, un Anglican, est le doyen de la cathédrale “Grace Cathedral” à San Francisco en Californie.   Il est l’auteur de Reimagining Christianity: Reconnect Your Spirit without Disconnecting Your Mind (“Réimaginons le christianisme: rebranchez votre esprit sans débrancher votre cerveau”).  Il vit immergé dans les profondeurs douloureuses d’un monde de détails dont il ne parvient pas à s’échapper.  Il appelle son livre “… un instantané du monde dans lequel je vis.”  “Je l’ai écrit, dit-il, parce qu’aujourd’hui, pour moi, le monde chrétien n’est plus porteur de vie comme autrefois.   En fait, il est largement empoisonné.” (1).  Alan Jones n’est pas le seul à déchanter devant le christianisme.  Il ne semble pas comprendre, non plus, pourquoi il est plongé dans la confusion.  A l’heure actuelle, beaucoup se réclament de la foi chrétienne, et d’autres, non.  Les uns et les autres ont tendance à tourner en rond; ils intègrent et quittent les églises en tous genres: les églises “adaptées aux gens en recherche”, les méga-églises, les églises qui ont “une vie, une passion, et une destinée”, les églises émergentes, et toute la gamme des églises libérales qui s’abstiennent de présenter l’Evangile.  Ces églises ne rendent pas à Dieu un culte en esprit et en vérité.  Elles ne prêchent pas fidèlement la Bible, qui permettrait à ces malheureux de comprendre Qui est le Seigneur, ce que ce Seigneur attend d’eux, et comment Il a déjà pourvu à leurs besoins.  Ce sont eux qui constituent le public potentiel d’Alan Jones (2).  Egarés et spirituellement démunis, ils sont particulièrement vulnérables.

Jones se situe dans le sillage de la révolution culturelle des années soixante et dans celui de Vatican II.  Il s’adresse à une génération dont la pensée est dominée de plus en plus par le relativisme moral, l’irrationalisme, et l’œcuménisme catholique.  Cette génération doit naviguer sur un océan périlleux où les valeurs morales absolues appartiennent au passé, et où l’on déclare parfaitement compatibles entre elles des propositions qui s’excluent réciproquement d’après les règles de la logique.  On ne valorise plus la pensée cohérente et logique, fondée sur le roc inébranlable d’un fait historique: Dieu se révélant à l’homme au travers de Sa Parole écrite.  Non, dans l’enseignement actuel on insiste sur la visualisation, sur l’imagination, sur les images qu’engendrent les convoitises de la pensée.  Dans le contexte de toutes ces turbulences, il n’est guère étonnant de se voir proposer le livre d’Alan Jones comme une aide à la navigation.

Une recherche rapide sur l’Internet suffit à confirmer que l’influence d’Alan Jones touche le monde entier.  Jones ne fait pas seulement des conférences à des individus ordinaires partout dans le monde: le plus grave, c’est que sur le plan politique il jouit d’une reconnaissance internationale.  Pendant qu’en juillet 2006 (3) les guérilleros du Hezbollah se livraient à leur attaque la plus sanglante sur Israël, “le Premier Ministre britannique Tony Blair [était à] Grace Cathedral, en même temps qu’Afif Safieh, le représentant officiel de l’Autorité Palestinienne aux Etats-Unis.  Tous deux ont assisté au culte à Grace Cathedral le dimanche 30 juillet.  Monsieur Blair, qui était en visite officielle à San Francisco pour traiter de questions commerciales et environnementales, s’est rendu à titre privé au culte de 8h.15” (4).

Un point crucial, c’est la manière dont Jones s’efforce d’influencer la collectivité planétaire en cautionnant l’“Initiative des Religions Unies” (l’IRU). En cela il marche sur les traces de son prédécesseur, l’Evêque Swing, qui eut l’idée de l’Initiative des Religions Unies en 1993.  Le but est de créer un “Parlement des Religions du monde”, “une assemblée permanente qui aura la stature et la visibilité des Nations Unies, et où les représentants des religions et des communautés spirituelles du monde se réuniront quotidiennement, pour dialoguer, pour prier, et pour coopérer, pour faire régner la paix entre les religions, et pour constituer une force de paix au sein des nations, pour s’occuper des besoins urgents de l’humanité et pour guérir la terre” (5).  Cette “paix entre les religions” implique l’acceptation de l’Islam, chose déjà faite par la papauté (6).  Cette entreprise a des ramifications politiques évidentes.  Par exemple, l’Initiative des Religions Unies doit promouvoir “La Journée Internationale de la Paix”, le 21 septembre 2006.  Selon Kofi Annan, cette “Journée Internationale de la Paix” doit être l’occasion d’un cessez-le-feu planétaire; tous les pays et tous les peuples cesseront les hostilités pendant une journée entière” (7).

L’Initiative des Religions Unies a deux cent vingt chapitres de par le monde.  On les appelle “Cercles de Coopération”.  Le projet est de les faire évoluer pour mettre en place les Nations Unies de la Religion.  Il s’agit surtout, dit-on, de mettre l’accent sur “la spiritualité”, mais les documents de l’Initiative des Religions Unies montrent clairement une aspiration à l’exercice du pouvoir légal.  Par exemple, dans le Préambule de sa Charte, l’IRU précise que son but est d’établir un mouvement mondial “pour favoriser la liberté de religion, l’expression spirituelle, et les droits de tous les individus et de tous les peuples tels qu’ils figurent dans les lois internationales” (8).

Alan Jones influence aussi les militantes du féminisme.  Par exemple, le 2 juin 1994 à San

Francisco, des centaines de femmes ont organisé “La Conférence de la Renaissance du Féminin Sacré” à ‘Grace Cathedral’, dont Jones est le doyen.  Non seulement Alan Jones  participa à cette Conférence, mais il fit part de sa grande joie devant notre culture ‘posttraditionnelle’ et devant ‘les nouveaux modes et les nouvelles formes qui sont une expression de l’esprit’.  Une communauté mondiale de militantes féministes courroucées se lève avec puissance” (9).

Cet impact religieux et politique d’Alan Jones n’est pas sans antécédents.  C’est le mouvement de l’Eglise émergente qui a été pour ainsi dire sa rampe de lancement.  Dans le cadre de ce mouvement, Jones va poursuivre son dialogue avec Brian McLaren pendant l’automne de 2006, tandis que de son poste de doyen de Grace Cathedral, il s’efforce de changer la face de la chrétienté et du monde actuel.

Depuis le début, Jones est dépendant des images

Le mouvement de l’Eglise émergente et son leader Brian McLaren cautionnent l’ouvrage de Jones.  Ce dernier se dit Anglo-catholique et se réclame du christianisme.  Pendant son enfance, il donna son cœur à Jésus alors qu’il fréquentait le catéchisme (10).  On comprend mal de quel Jésus il s’agit, car Jones nous dit: “dès le commencement, quand j’écoutais ces récits bibliques, je les croyais, mais dans un sens mystique.  Ils servaient à communiquer des vérités profondes au moyen d’images.  Spontanément, je voyais dans la Bible des allégories et des métaphores, et non des vérités littérales… (11).  Quand Alan Jones dit que les récits bibliques lui communiquaient la vérité sous forme d’images, et que la Bible ne communique pas de vérités littérales sous une forme verbale, il pose une affirmation lourde de sens. Ailleurs il écrit:

“… ces récits bibliques, faut-il leur faire confiance?  Si oui, en quel sens?  Les paroles qu’on attribue à Jésus dans le Nouveau Testament sont-elles vraiment les siennes?  Je me suis toujours montré sceptique vis-à-vis du texte, et ouvert vis-à-vis de la tradition… Je ne crois pas que notre connaissance de Jésus se limite au contenu du Nouveau Testament.  Nous pouvons puiser dans deux mille ans d’expérience et d’adoration… Nous n’avons accès à la vérité que par déduction: au travers du mythe, de la poésie, des métaphores, des contes.   Impossible de parler de ‘ce qui s’est réellement passé’.  Voilà pourquoi on ne cesse de réécrire l’histoire” (pp. 209-210).

Partir du principe que “nous n’avons accès à la vérité que par déduction” et qu’il est “impossible de parler de ‘ce qui s’est réellement passé’“, voilà qui revient à dire que Jones ne croit pas que Dieu nous ait révélé, sur Lui-même et sur Sa création, de vérités que notre pensée rationnelle puisse appréhender.   Jones doit donc trouver bien cruel le Dieu qui disait aux Israélites: “Venez donc et plaidons…Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige; s’ils sont rouges comme l’écarlate, ils deviendront comme la laine” (Esaïe 1:18).  Avec de telles prémisses, dans sa pensée enténébrée et avec la logique qui lui est propre, Jones incite à l’idolâtrie, car il fait de “l’imagerie chrétienne” un moyen privilégié de parvenir à la connaissance de Dieu.

Nous ne savons pas à qui Jones a donné son cœur, mais ce n’est en tout cas pas au Seigneur Jésus-Christ de la Bible.  Il le confirme une fois de plus quand il déclare: “J’ai toujours cru que le pardon était au cœur de l’initiative chrétienne, mais mon éducation m’a rempli d’une honte et d’une culpabilité profondes… Le christianisme dont j’avais hérité m’avait inculqué un idéalisme paralysant.  Impossible de parvenir à le mettre en pratique… [Par la suite] tout simplement j’ai trouvé la croyance libératrice, connue des seuls naufragés de la morale et de la spiritualité quand ils vivent un miracle de résurrection en apprenant qu’ils sont aimés.  Au bout du compte, ce ne sont pas les croyances qui m’ont sauvé.  Ce sont les autres.  C’est le simple fait d’être aimé par d’autres” (p. xviii).

Comprenant qu’il ne pouvait pas remplir les critères de perfection divine que Dieu requiert des hommes, Jones déclare qu’il doit son salut à des mortels bien intentionnés.  Son propre témoignage montre que malgré le rituel (sincère, à n’en pas douter) par lequel, au catéchisme, il a donné son cœur à Jésus, il ne connaît pas l’unique Médiateur entre Dieu et les hommes, l’homme Jésus-Christ.

Néanmoins, il précise que “seule la tradition anglicane lui permet de se dire chrétien” (12).

La raison en est, pour reprendre la terminologie de Jones, que cette Eglise anglicane est “la tribu” dont il est issu.  Non sans perspicacité, il fait remarquer qu’au temps de sa jeunesse, “on pouvait parcourir tout le mouvement œcuménique sans quitter l’Eglise d’Angleterre.  L’Eglise était un moyen de promotion sociale…” (13).  A l’évidence, Jones a tiré parti de ce moyen.

Une fuite dans l’irrationalisme

Jones rejette l’autorité suprême de la Bible comme fondement de la vérité qui lui permettrait de voir clair dans sa vie: il identifie  la foi chrétienne à la tradition dans laquelle il a été élevé (en effet cette tradition anglicane s’accommode en permanence de la contradiction entre le christianisme évangélique et le catholicisme romain).  Jones montre qu’il a renoncé à la logique quand il dit: “J’accueille les contradictions sans aucun mal.  Je suis capable d’être tout à la fois protestant, catholique, agnostique, et rempli de piété.” (14).  Cette “liberté affranchissante” d’un adepte du relativisme moral et de l’irrationalité n’est cependant pas exempte de problèmes et de restrictions sérieuses, car Jones fait cette confidence:

“Quels désirs animaient le romantique que je suis?… Je ne voulais ni être victime de mes émotions, ni esclave des dogmes.  Très tôt j’ai compris que tout était une question de liberté… Toutefois, ces combats de jeunesse attendent encore leur plein dénouement et ils ont affecté mes relations les plus profondes… Quoi qu’il en soit, le monde s’est mis à se dérober à moi il y a environ vingt ans [vers l’âge de 45 ans] et de cela, je ne me suis jamais complètement remis.  Je crois que cette dérobade du monde fut le commencement véritable de mon cheminement spirituel.  J’ai vécu une dépression, et aussi une percée… Rétrospectivement, je vois que l’expérience de la thérapie a joué un rôle central en m’aidant à faire face à un monde intérieur dissocié.  J’ai rejoint le groupe grandissant des pèlerins pour qui le travail sur eux-mêmes n’est pas un voyage solitaire, mais un moyen de contribuer à la guérison de la psyché collective” (p. xix).

Puisque Alan Jones “ne s’est jamais complètement remis” de sa dépression, il est impossible de conclure qu’il assume ses contradictions irrationnelles aussi facilement qu’il veut bien le dire.

Dans son livre Démission de la raison (15), Francis Schaeffer aborde la question de ce “monde intérieur dissocié” dont parle Jones.  Schaeffer y décrit le dilemme introduit dans l’Eglise catholique au treizième siècle par Thomas d’Aquin quand ce dernier s’est écarté de la doctrine biblique du péché originel.  Prenant la philosophie grecque païenne comme échappatoire,  Thomas d’Aquin a dispensé la théologie catholique du devoir de rester soumise à la l’autorité absolue de la Parole écrite de Dieu (16).  Empruntant à Aristote son principe bien connu au sujet de la connaissance, “Rien n’est dans l’intellect qui n’ait d’abord été dans les sens”, Thomas d’Aquin affirmait que la raison humaine était capable de prouver l’existence de Dieu au moyen des sens (17).  Il soutenait que l’homme était en mesure d’abstraire des significations générales à partir de données expérientielles particulières.  C’est justement là le présupposé sur lequel Brian McLaren, Tony Jones, Alan Jones et d’autres libéraux “émergents” construisent leur théologie et leur pratique.  Dans la liste des moyens de connaître Dieu, Thomas d’Aquin a ajouté aux cinq sens la compréhension, l’imagination, et la mémoire.  Au fond il soutient que l’intellect et l’imagination permettent de comprendre l’expérience en élaborant des principes de connaissance générale à partir des données sensorielles.  C’est très exactement ce que fait Alan Jones dans “Réimaginons le Christianisme”.  Thomas d’Aquin croyait l’homme déchu de par le péché d’Adam, mais il enseignait sans ambages que l’intellect est toujours dans le vrai quant aux principes premiers, c’est-à-dire la connaissance élémentaire, y compris la connaissance de Dieu.  C’est là un des dogmes qu’il expose dans sa Somme théologique: “L’intelligence est toujours droite, si on entend par “intelligence” la saisie des premiers principes: ce n’est pas à leur égard, en effet, que l’intellect est induit en erreur, pour la même raison qu’il n’est pas induit en erreur à l’égard de la quiddité [la nature d’une chose]. Car les principes immédiatement connus sont ceux qui sont connus aussitôt que leurs termes sont saisis par l’intellect, leur prédicat [ce qui est affirmé à leur sujet] étant inclus dans la définition du sujet” (18).

Ne nous étonnons donc pas si G.K. Chesterton, un auteur catholique, affirme que “St. Thomas d’Aquin fut l’un des grands libérateurs de l’intellect humain” (19).  Mais il n’est pas en accord avec la vérité telle que la Parole écrite de Dieu la révèle.  L’histoire du vingtième et du vingt-et-unième siècle montre que la papauté a provoqué en occident un désastre sans pareil en exigeant une soumission générale à la théologie de Thomas d’Aquin (après l’avoir imposée de force pendant des siècles au moyen des tortures de l’Inquisition).  C’est sur cette base que repose tout le système religieux catholique romain, et il ne s’en est jamais écarté même à l’heure actuelle, après le Concile de Vatican II.  Brian McLaren, Tony Jones et Alan Jones, quoiqu’ils ne soient pas issus du catholicisme, se confient dans la puissance de leur propre intellect et de leur propre imagination; l’un et l’autre prônent le dogme catholique et voient dans les exercices mystiques la voie du renouvellement pour la religion.

L’héritage aristotélicien

A l’heure actuelle ce “dilemme aristotélicien” a produit une quantité phénoménale de fruits mortels partout en occident; pas seulement dans l’Eglise catholique, mais aussi dans le monde séculier, surtout par l’intermédiaire des divers établissements d’enseignement catholiques.  Il en va de même dans les églises évangéliques à mesure qu’elles cèdent à l’influence libérale.  Cette même mentalité irrationnelle et destructrice envahit maintenant les églises évangéliques traditionnelles par le biais de l’œcuménisme, méthodiquement institué par le Concile de Vatican II et mis en œuvre au moyen du dialogue et de l’action sociale (20).  Le “monde intérieur personnel” de Jones, ce monde [encore] “dissocié”, né de l’œcuménisme catholique agissant dans l’Eglise anglicane, est un exemple frappant de ce mauvais fruit.  Parmi les  manifestations de cette dissociation intérieure, on relève l’insistance de Jones sur l’impossibilité pour l’homme de connaître la vérité, qui selon lui “n’existe pas”; sa capacité d’admettre comme également valides des propositions qui s’excluent réciproquement; et le fait que tournant le dos à la logique, il se réfugie dans l’imaginaire pour éviter la désintégration de sa pensée tiraillée par son irrationalisme.   Il va plus loin que ne vont McLaren et Tony Jones, insistant sur la nécessité de remplacer la communication verbale par des images.  Tel est l’héritage qu’il a reçu de Thomas d’Aquin, ce théologien catholique du treizième siècle.

L’imaginaire: une denrée attrayante destinée à l’exportation

L’irrationalité que prône Jones dans l’Eglise anglicane affecte maintenant un domaine plus vaste, car selon lui il faut établir une tribu planétaire dont nul ne sera exclu.  Il part de cette prémisse: “Dans presque toutes les grandes religions apparaissent des filons fondamentalistes qui renouvellent ou raniment des conflits religieux remontant parfois à plusieurs millénaires” (21).  Jones donne de la religion la définition suivante: “C’est notre manière de réagir à notre mal de vivre” (22).  Il s’inquiète de constater que certains sont fortement attachés à des conceptions religieuses qui se contredisent et peuvent entrer en conflit entre elles.  Il s’inquiète en particulier de ce que certains croient la Bible littéralement vraie; les athées convaincus l’inquiètent également.  Mais au lieu de s’atteler à un travail logique pour découvrir si la Bible est bien véridique,  Jones se réfugie dans la pensée “New Age”, qui veut que la conscience humaine soit en train d’évoluer.  En bon romantique, il estime que cette évolution a bien des siècles d’avance sur le primitivisme de ceux qui croient la Bible à la lettre (23).

Le but d’Alan Jones

Le but de son livre est de réinventer le christianisme, parce qu’à son avis “La religion est cassée, et il faut la réparer d’une manière ou d’une autre.  Il faut la réinventer… Nous sommes nombreux à trouver que la religion, cette vieille histoire qui donnait un sens à notre place dans la création, a besoin d’être sérieusement révisée… De tout temps les humains se sont raconté des histoires au sujet de leurs aspirations.  En fait, ce besoin d’avoir des histoires nous unit les uns aux autres.  Nous avons besoin de raconter la Grande Histoire d’une manière nouvelle” (24).  Partant de cette prémisse, il déclare: “Mon livre parle du christianisme, et de la manière dont il s’exprime au travers de symboles et d’histoires; on peut en redéfinir la pratique et appeler celle-ci un art…” (p. 2).

Examen de la méthode dialectique de Jones

Pour parvenir à son but, il suit la même méthode dialectique et anti-biblique que Brian McLaren et Tony Jones.  Il n’offre pas une défense logique de ce qu’il déclare vrai, mais raconte toujours une anecdote, ou bien il cite un auteur (le plus souvent, un catholique romain) en guise de prémisse ou de thèse.  A dessein, il choisit une proposition ouverte à une multitude d’interprétations, sans cacher que l’ambiguïté est le but recherché.  Dans un second temps il choisit une idée qui contredit son histoire (c’est son antithèse).  Dans un troisième temps il fait intervenir une synthèse, c’est-à-dire un élément à mi-chemin entre son histoire et son antithèse.  La substance de la synthèse devient à son tour une nouvelle thèse, qu’il illustre par un autre récit anecdotique.  Voici un exemple de sa démarche: “Quand on me demande ‘Croyez-vous réellement à la naissance virginale du Christ?  Croyez-vous réellement à sa résurrection?’, on veut en général que je réponde de façon simple, par oui ou par non… Mais ceux qui posent de telles questions présupposent qu’il est possible de fonder sa réponse sur une connaissance objective que nous ne possédons absolument pas.  Comme le théologien John Millbank, je réponds: ‘Mais oui, bien sûr, nous y croyons’.  En fait cette réponse signifie que l’histoire de la naissance virginale est une proposition théologique complexe qu’aucun de nous ne comprend pleinement… La naissance virginale n’est pas une simple métaphore, elle ne se limite pas à une métaphore.  Elle est bien plus que cela.  Elle met à nu le mystère du langage.” “John Millbank écrit que ‘Jésus est essentiellement une réalité linguistique et poétique.’ Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire?  Cela veut dire que le langage est chose encore bien plus étrange que nous ne le pensons” (p. 145).

Jones déclare que lui-même et Millbank croient l’un et l’autre à la naissance virginale, mais il se sert de ce propos pour lancer sa thèse selon laquelle nous ne possédons aucune réponse fondée sur une connaissance objective, car selon lui la naissance virginale est “une proposition théologique complexe qu’aucun de nous ne comprend pleinement”.  Ensuite vient l’antithèse, la déclaration de Millbank: “Jésus est essentiellement une réalité linguistique et poétique”.  Cette antithèse est sûrement destinée à donner un choc au lecteur, pour que la synthèse de Jones dans le paragraphe suivant, “Nous vivons d’images”, (un concept un peu plus familier) soit plus facilement acceptée par ceux qui n’acceptent pas encore volontiers l’idolâtrie.  Voici encore un exemple:

[La thèse]  “Je vous demande de considérer ce qu’il y a de meilleur dans la tradition chrétienne… et de la regarder au travers de trois images fondamentales: la grossesse (Marie), la souffrance (Jésus), et la communion (la Trinité).

[L’antithèse]  “Cela veut dire qu’il faut laisser derrière nous la sphère du dogme  éternellement fixe qui se voudrait le dernier mot sur une question, pour entrer dans une sphère où le dogme est le premier mot sur une question et nous fait accéder au mystère; une sphère où le dogme est perçu comme métaphore, poésie, et mythe… Le dogme bien compris agit à la manière d’un piolet qui briserait notre océan de glace intérieur.  Il ouvrira alors les écluses de l’imagination.  Il libèrera la pensée et le cœur au lieu de les emprisonner…

[La synthèse]  Ne l’oublions pas, on ne peut parler du sacré qu’au moyen de métaphores.  Ce qui fait la puissance de la métaphore, c’est qu’elle réunit deux réalités disparates pour que nous progressions dans nos sentiments et dans notre pensée vers une position à laquelle nous n’avions pas accès auparavant.  C’est ainsi que nous construisons ou inventons de nouvelles manières de penser et de ressentir les choses” (pp. 144-145).

Ce sont là les paroles d’un anglo-catholique, membre d’une église où depuis assez longtemps on accepte comme également valides la doctrine biblique et le catholicisme romain.  Jones vit une tension entre les deux.  Assez souvent, le dogme catholique romain peut effectivement être défini comme “dogme en tant que métaphore”.  Par exemple, le Document N° 28 du Concile de Vatican 2 déclare:

“… au ciel, [Marie] … continue, par son instante intercession, à nous obtenir des grâces en vue de notre salut éternel… Aussi la bienheureuse Vierge est-elle invoquée dans l’Eglise sous les titres d’Avocate, d’Auxiliatrice, d’Aide et de Médiatrice.  Tout cela doit pourtant s’entendre de manière qu’on n’enlève ni qu’on n’ajoute rien à la dignité et à l’action du Christ, seul Médiateur” (25).

Ce paragraphe émanant du Concile Vatican II correspond exactement à cette définition de Jones, “le dogme en tant que métaphore”, car il réunit deux idées fondamentalement opposées, engendrant une tension qu’on ne peut résoudre logiquement.  Faut-il s’étonner dès lors de ce que les Catholiques se tournent vers le mysticisme et l’idolâtrie?  La démarche de Jones est la même.  Voici un dernier exemple:

[La thèse] “Souvent une voix intérieure sévère nous enjoint de ne pas penser au-delà de nos moyens; de nous contenter d’une pensée plate et linéaire, d’une vie intérieure prisonnière de la routine.

[L’antithèse] Mais il y a déjà des analogies, des métaphores, et des poèmes enfouis dans nos sentiments et nos pensées.  Il arrive que ces trésors enfermés au-dedans de nous soient libérés quand nous lisons un livre, voyons un film, ou tombons amoureux.

[La synthèse] C’est ainsi que nous progressons dans la vie, en nous livrant à ces images, même si ce sont des images étranges. Celles-ci nous font accéder à des stades que nous n’aurions pas atteints autrement” (26).

Semblable à un roulis incessant, ce même mouvement se poursuit.  Le lecteur est convié à contempler tour à tour soit des nuées mystiques, soit la houle turbulente des termes et des données que Jones a redéfinis à sa façon.  Avec lourdeur, le discours dessine des circonvolutions terriblement confuses, puis en fin de parcours, il se retrouve solidement ancré à l’idolâtrie.

Alan Jones, un oecuméniste catholique romain quasi-parfait

Jones, qui estime hautement sa formation catholique classique, porte quasiment à la perfection sa méthode d’écrivain oecuméniste.  Il attire vers le catholicisme ceux qui se retranchent dans des traditions chrétiennes sans être protégés par le sang de Jésus-Christ et par l’autorité de la Parole de Dieu.  Il utilise la technique décrite dans le Document Post-conciliaire de Vatican II N° 42: “Le Catholique qui participe [à des activités œcuméniques] devra s’informer soigneusement sur le contenu de la foi de son Eglise, en s’abstenant de l’exagérer comme de le minimiser…” (27).  Tout au long de son livre, Jones expose des dogmes catholiques et les cautionne.  Il ne traite pas la vérité biblique de la même manière. Dans sa cinquième partie, “La méthode du dialogue”, le même Document Post-conciliaire déclare:

“Les partenaires chercheront à avancer vers une synthèse constructive, de manière à utiliser toute contribution légitime, dans une recherche commune afin d’assimiler entièrement les données révélées.  Cette recherche demande que l’on s’efforce de revenir aux sources, de remonter aux origines du christianisme tel qu’il était avant l’apparition des désaccords. Elle demande aussi… que l’on regarde en avant vers l’avenir pour trouver des solutions capables de transcender les différences actuelles que l’histoire nous a léguées” (p. 548).

Tout au long de son ouvrage, Jones enfonce sans arrêt le même clou: tous doivent œuvrer pour arriver à une synthèse des données, synthèse qui réunira tous les éléments légitimes sans exception.  Puisqu’un esprit logique ne peut que rejeter pareille synthèse, Jones insiste constamment pour nous mettre dans la tête l’idée que l’imagination est supérieure à la vérité révélée objective et aux faits historiques.  Pour finir, “l’imagerie chrétienne” l’amène à l’idolâtrie.  Il se projette dans un avenir où l’autorité de la Bible sera effacée et remplacée par les images: c’est un retour aux ténèbres du Moyen Age.  Pour présenter le Nouvel Age et le mysticisme catholique traditionnel, Jones choisit ses termes avec soin.  Sa terminologie est évangélique mais ambiguë, car il attribue aux mots le sens qu’il veut bien leur donner.  Telle est sa démarche pour rassembler tout un chacun dans la nouvelle tribu dont nul n’est exclu, cette tribu qui a une seule “âme planétaire”, comme il dit.

La puissance de Dieu pour confondre le mal

L’Evangile de Christ “est la puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit” (Romains 1:16).  Le chrétien véritable voit la puissance de Dieu et proclame hardiment Sa grâce; et tous les individus qui sont sauvés “sont gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ” (Romains 3:24).  L’Evangile est le moyen choisi par Dieu pour délivrer Son peuple de l’irrationalisme, du culte de l’imagination, des images, du faux œcuménisme, des ténèbres, et de la puissance de Satan.  Ainsi nous pouvons proclamer que “Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions morts par nos offenses, nous a rendu vivants avec Christ (c’est par grâce que vous êtes sauvés) (Ephésiens 2:4-5).  Le péché est un mal dont la portée est infinie, car il offense une Personne infinie.  Il n’est pas possible d’échapper à la colère de Dieu contre le péché, si ce n’est par le moyen dont Dieu a pris l’initiative: Sa grâce.  Cette grâce, nous la voyons aussi dans la promesse faite par Dieu d’envoyer Son Saint-Esprit, qui “quand il sera venu, …convaincra le monde de péché, de justice, et de jugement.” (Jean 16:8).  Le Saint-Esprit convainc de péché, en donnant au pécheur la conscience de son état de perdition; Il lui donne de comprendre qu’il a besoin de la justice de Christ.  Seul le Saint-Esprit peut communiquer la vie spirituelle à l’âme et la lumière surnaturelle à la pensée.  C’est pourquoi le Seigneur Lui-même déclare que nous avons besoin de ce que Dieu nous offre: “En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le Royaume de Dieu” (Jean 3:3).

Là où l’irrationalisme vient prendre la place de la nouvelle naissance, le développement de l’imaginaire celle de la puissance du sang de Christ, le faux œcuménisme celle de la dépendance totale à l’égard de Dieu, la pensée charnelle peut se laisser séduire, et la raison humaine se laisser enchanter.  Mais alors il ne reste plus la moindre puissance capable de sauver les âmes.  Il n’y a aucune place pour l’Evangile dans le système d’Alan Jones, pas plus que dans tout le mouvement dit “Emergent”.  Mais à la face de tout cela, la grâce de Dieu continue de vaincre le mal, de racheter et de sauver des âmes.  L’Ecriture nous montre que la grâce est une puissance.  La grâce ne se borne pas à rendre le salut possible; elle est efficace et toute-puissante pour l’accomplir.  L’admirable grâce de Dieu brise l’arrogance de cette apostasie de “l’Eglise émergente”.  Comment cette grâce divine devient-elle pour nous une réalité vécue?  Il suffit de nous approprier les promesses de la Parole de Dieu; de reconnaître notre état de perdition, et notre besoin d’être revêtus de la justice de Christ.  Il nous faut renoncer à tous nos efforts pour nous sauver nous-mêmes, mettre notre confiance en la grâce de Christ, et être sensibles à la conviction que donne le Saint-Esprit.  “Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi.  Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu.  Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie.” (Ephésiens 2:8-9).  “Or si c’est par la grâce, ce n’est plus par les œuvres; autrement la grâce n’est plus une grâce” (Romains 11:6).

L’œuvre directe du Saint-Esprit agissant par l’Evangile vient pulvériser les enseignements de Jones et de ses associés, ces enseignements destructeurs de l’âme.  Seul l’Evangile est la puissance de Dieu pour le salut.  Face aux spéculations irrationnelles et subjectives, cet Evangile est objectif, sainement raisonné, cohérent, et tout-puissant. “Car la parole de Dieu est vivante et efficace, plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants, pénétrante jusqu’à partager âme et esprit, jointures et moelles; elle juge les sentiments et les pensées du cœur” (Hébreux 4:12).

Notes:

  1. Alan Jones, Reimagining Christianity; Reconnect Your Spirit without Disconnecting Your Mind  (Réimaginons le Christianisme: Rebranchez votre esprit sans débrancher votre cerveau)  Hoboken, NJ: Ed. John Wiley & Fils, 2005.
  2. Jones: “Le groupe ‘religieux’ qui a la plus forte croissance se compose de ceux qui ne sont dans aucune église. Ce livre leur est destiné.” p. 11.
  3. http://www.bbc.co.uk/blogs/nickrobinson/  07/2006
  4. http://www.gracecathedral.org/church/new:detail.php?eid=244
  5. www.scp-inc.org/publications/journals/J2204/Penn1.php-
  6. Voir notre article intitulé: The Papacy and Islam (“La papauté et l’Islam”. Cet article est en anglais.) https://bereanbeacon.org/articles_new.htm
  7. www.uri.org/United_Nations.html
  8. www.uri.org/About_URI.html
  9. (dans l’ensemble des citations figurant dans le présent article, les caractères gras sont ajoutés.) http://www.crossroad.to/Books/TwistofFaith/1-Father-Mother.html
  10. Jones, p. xiv.
  11. Ibid., p. xiv
  12. Jones, p. xii
  13. Ibid., p. xiv
  14. Ibid., pp. xiv-xv
  15. Francis Schaeffer, Démission de la Raison, Ed. Maison de la Bible, Genève, 1971
  16. Jones approuve avec empressement cet enseignement de Thomas d’Aquin: “En se levant chaque matin, pour ainsi dire, Thomas d’Aquin étudiait un philosophe païen du nom d’Aristote, trouvant que sa pensée était en tous points agréable, et propre à créer et à structurer la théologie chrétienne. Pourquoi cette union ne lui faisait-elle jamais peur?  Jamais il n’avait peur de la vérité, car la vérité, quelle qu’en soit la source, vient du SaintEsprit. “ p. 149. Jones ne reconnaît pas que les emprunts de Thomas d’Aquin à Aristote n’étaient pas la vérité.
  17. Aristote, De Anima, 3.8
  18. Aristote, Somme Théologique,  Bibliothèque des Editions du Cerf, http://bibliotheque.editionsducerf.fr/par%20page/1408/TM.htm#   Première partie, Question 17, Article 4, Réponse à la deuxième objection.
  19. www.dur.ac.uk/martin.ward/gkc/books/aquinas.txt   2/08/2006
  20. Voir Ralph Ovadal: More Than These: A History of how the Pro-Life Movement Has Advanced the cause of the Roman Catholic Church: A Call for Reformation (Monroe, WI: Editions Heart of the Matter Publications, 2004). Jones, p. 2 Jones, p. xi.
  21. Jones, p. 36, dans le chapitre “Literalism and Other Headaches” (Littéralisme et autres calamités) Jones, pp. 9-10
  22. http://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_const_ 19641121_lumen-gentium_fr.html  Document N° 28 du Concile Vatican II,   Lumen
  23. Gentium, 21 nov. 1964
  24. Jones, p. 145
  25. Document N° 42 du Concile Vatican II, Réflexions et suggestions au sujet du dialogue œcuménique,  S.P.U.C. 15 août 1970, 4e partie

    Richard Bennett, site Internet “Berean Beacon”. La rubrique française de ce site peut être consultée à l’adresse  https://bereanbeacon.org/fr

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